Hédonistes des routes (II): en route vers Guantanamo



Pensez à ça : tous les matins, pendant une semaine, la plus belle route que vous avez à vous mettre sous la dent est celle qui mène à la prison la plus étrange au monde du point de vue du droit international, une prison où les tortionnaires sont les défenseurs auto-proclamés des droits de l’homme.  On est à Cuba, pas très loin de Santiago, fier foyer de la révolution. La Révolution. En pleine terre communiste, on fonce sur la route qui va chez les Américains qui occupent depuis 1911 un coin de ce qui est, si on fait abstraction de leur présence, une superbe baie. Étrange, hein?

Pensez encore à ça : cette route, vous la parcourez à vélo, par une chaleur suffocante, sous un soleil de plomb en avril, en compagnie de tortionnaires qui prennent un plaisir presque sadique à l’exercice de leur fonction cycliste. Dur dur la vie, hein?

J’exagère tout, j’exagère tout tout le temps. J’étais avec Philou et le MAG. Y’a pire. Mettons que c’est des gars sympas. Ouin. Pis non. Je repense aux démarrages de Philou et à la cadence brutalement régulière du MAG et je crois que je souffre encore du syndrome de Stockholm quatre mois après avoir été pris en otage. Étrange, hein?

Au retour à notre All inclusive, loud Canadians all included, la sainte bière post-ride nous attendait, fraiche, blonde, savoureuse. On avait le droit, il était toujours un peu passé midi. Ah oui, on était aussi accueillis par nos chéries qui bronzaient. Dur dur la vie, hein?

J’ai dit qu’on roulait le matin, mais la photo a été prise en fin après-midi. Ce jour-là j’avais tellement les jambes raides de ma sortie matinale que j’ai décidé de repartir doucement en cachette vers 16h, histoire de rouler pour libérer les toxines. Tenter de libérer les toxines! On s’entend, faisait quand même 35o, voire plus en fonction du terrain et de sa capacité à absorber, ou refléter, la chaleur du soleil. Ça n’a pas marché.  Étrange, hein?

La route était lisse et parfaite, un délice. Et puis la circulation à Cuba, c’est pas exactement comme aller se promener sur la rive-sud de Montréal : jamais on ne s’est fait lancer des objets, jamais on a été attaqués, pas une seule fois on s’est fait dire de s’enlever de la route estie d'cyclistes. Les Cubains ne sont pas comme ça. Une chance d’ailleurs. Parce qu’ils ne sont pas tendres envers tout ce qui passe sur la route. Vous voyez les taches brunes partout sur l’asphalte? C’est du sang. Du sang de crabe. Dur dur la vie, hein?

Ça dépend pour qui. Étrange, hein?


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