Parler pour "analyser", les rouleur-nalistes québécois en seraient capables

À Montréal l’hiver passe tranquillement. Même si personne en parle, bientôt ce sera la saison des nids de poule et le cycliste en moi ne pensera plus qu’à retrouver ses routes. Ahhh, ouiiiii, rouler dehors! Mais en attendant, le Québec c’est le Québec, il n’y en a que pour le hockey malgré la saison digne des Barons de Cleveland que nous font subir les Habs. Ok, ils viennent d’en gagner quatre, mais ça change rien.

Le match des étoiles, c'était plate. Cammellari est enfin parti, c'était un vrai cancer dans l'vestiaire. Pis Subban. Hein, Subban. Ben Subban est sur une mauvaise tangente. Il arrive en retard aux entraînements, argumente quand le coach le reprend su l'banc, fait trop de bruit en général. Il fatigue tout le monde, MÊME SES COÉQUIPIERS. Faudra p't'être l'échanger. On sait pas encore. Pis Cunneyworth. Ah, lui il ne parle même pas français. Ce con. C'est n'importe quoi. C'est écoeurant. Geoff Molson est passé à côté de quekchose ou je n'ai pas écouté toutes les éditions de L'Antichambre depuis le 7 décembre dernier, date de parution de la dernière chronique. Là je parle de L'Antichambre, mais avant j'étais accroc à 110% et même à La Zone, l’émission  « bien parlée » de Radio-Canada. 


Cliquez là-dessus! Jean-Maurice Bailly reçoit Jacques
Beauchamp,Camil Desroches et Charles Maillé à la
Ligue du vieux poêle. Les analystes tentent d’établir qui est le
 meilleur joueur de la Ligue nationale de hockey.
D’ailleurs, c’est la société d’état qui jadis a inventé le concept de ces émissions « sport-débat » avec sa célèbre Ligue du vieux poêle. C’est bien pour dire si la tradition de parler pour analyser remonte à loin chez nous.

Grâce aux enseignements transmis par des générations successives d’experts à la TV, tout le Québec est assez compétent pour analyser les matchs des Habs. À chaque émission Michel Bergeron, Mario Tremblay, comme Jacques Demers jadis -et même l'absurde gang de TVA Sports- forgent et renforcent une langue : ils parlent hockey! Comme toute langue, celle-ci porte une culture. Et, à force de forcer, tous les jours live devant ma TV, même moi qui ne patine que sur la bottine, qui est encore plus petit que Brian Gionta, je suis capable de parler de l'échec avant 1-2-2, de l'importance de bien jouer down-low et d’expliquer comment encadrer les défenseurs pour avoir une bonne «première passe». Oui, la sacro-sainte première passe! Même moi je parle hockey!

Mais pour moi, adolescent attardé devenu fan de cyclisme à 13 ans en regardant à la TV Steve Bauer donner une volée au peloton olympique à L.A. -sauf au grand dadet de Grewal-, pour moi donc, le vocabulaire sportif qui forge vraiment ma lecture de la vie est celui du vélo. En fait, c’est pas exactement ce que je veux dire. C’est le vocabulaire du bike au Québec. Parce que c’est pas exactement le même qu’en France. En plus, comme je suis un ex-membre des pelotons québécois, j’ai hérité d’un beau tas d’expressions propres au membres du clan. Ben oui, comme les joueurs de hockey le font, tous les membres des pelotons québécois créent leurs expressions, leur rhétorique, leur champ lexical. Et ça déteint ailleurs. Par exemple, quand j'en arrache au bureau, mais vraiment là, je suis borduré. Mais être borduré c’est pas mal français. Encore au bureau, quand les demandes viennent de partout, y'a pas mal d'attaques -hein Berny ;-). Toujours au bureau, quand j'arrive au but, que je livre un projet, que je ne m'arrête même plus pour manger et que je cours pour aller pisser, je suis dans l'tape (des fois pas mal accoté).

Souvent je me rends compte que je suis un peu seul dans mes idées parce que pas grand monde comprend mes superbes figures de style. À l'extérieur d'un cercle d'initiés, la culture du bike est malheureusement assez peu connue. Mais parlez avec n'importe quel membre des pelotons fédérés, si possible lorsqu'ils sont en groupe, en troupeau, en pack et vous aurez droit à un bouillon de culture cycliste renversant. Les experts de la Ligue du vieux poêle, les savants de 110% et même les érudits de l’Anti-chambre trouveraient peut-être leurs maîtres!

Ça me fait penser que ces dernières années on a droit au Tour de France dans nos TV en juillet. C’était vraiment l’fun de rentrer de la ride post-travail le soir et de regarder la fin de l’étape. Mais même si on pouvait compter sur le copain Louis Bertrand pour expliquer ce qu’il voyait, ses remarques tombaient souvent à plat parce que le très vénérable et très professionnel Richard Garneau devait garder le nez dans ses notes pour tenter de palier son manque de culture bike. L’ajout de Bernard Vallet avait pas mal amélioré la qualité des échanges, mais bon, quand on savoure presqu’à l’année le pot-pourri analytique des joueur-nalistes spécialistes de hockey, il faut bien convenir qu’on restait un peu-pas mal sur notre appétit. Comme l’impression que l’équipe de Serge Arsenault faisait son gros possible. Cette année, c’est RDS qui se chargera de la rediffusion du Tour et –enfin!!!- des plus prestigieuses classiques du printemps, comme du Giro et de la Vuelta. Est-ce que ce diffuseur ne pourrait pas profiter de sa nouvelle mission pour aménager une petite place à notre culture bike? On sait déjà que Louis reprendra son micro de présentateur et qu’enfin il sera accompagné d’un autre rouleur-naliste de chez nous en la personne de Dominique Perras. Dominique a été un des meilleurs coureurs nord-américains de sa génération, il ne manquera pas de prendre des bons relais quand viendra son tour et il saura enrichir les descriptions de Louis avec des anecdotes savoureuses présentées à la manière de chez nous. J’ai déjà hâte d’entendre ça, mais me semble que j’en voudrais plus. Pas nécessairement plus de courses : juste plus de blabla à propos de celles que nous verrons. Bon, je ne m’attends pas à ce que Ron Fournier se mette à parler demain d’autre chose que des Canadiens. C’est sûr. C’est pas grave du tout, parce que pour le spectacle, on a notre monde.

Ceux qui comme moi aime le genre peuvent quand même rêver à un 110% cycliste hebdomadaire composé de rouleur-nalistes de chez nous. Imaginez juste une minute ce que ça donnerait comme échanges si on demandait à Louis Bertrand d’animer un 110% composé –disons juste pour le fun- d’un ou deux anciens coureurs qui ont connus les meilleurs pelotons, comme Yvan Waddell et, bien entendu, Dominique Perras. Pour sa compétence mur à mur, j’offrirais un fauteuil à Laurent Martel, du blogue Laflamme rouge. Finalement, juste pour ajouter un peu de piquant, j’inviterais aussi Marc Dufour. Pensez-vous qu’on aurait un bon show? Et la semaine suivante on fait quoi? Je tendrais une perche à Pierre Hutsebaut, à Gervais Rioux, à Stephane Lebeau et à Tino Rossi. Le show, il serait comment vous croyez? Le Tour, ça dure trois semaines, alors il nous reste une émission à booker. Si on veut transformer ça en Jerry Springer, on invite Louis Garneau… et Jean-Yves Labonté. Mais comme on est raisonnable, et qu’on aime vraiment Jean-Yves, on l’invite lui. Ensuite, à moins que de petites rancunes n’aient pas finies de mourir, j’inviterais monsieur Marinoni -hein, quand même- et mon ami Gilles Cantin. Avec Gilles, on pourrait envisager une émission spéciale de longue durée, mais on demanderait à Louis de l’encadrer un peu! Pour cette dernière semaine, je tenterais de compléter mon panel d’experts en misant sur une experte: Josée Robitaille. Mais Josée ne voudra jamais, elle a toujours préféré laisser la place aux athlètes. Alors disons Manon Jutras. Comme ça on ne perdrait pas au change.

Évidemment les personnes que je nomme n’ont pas été consultées. Il y a bien deux ou trois autres noms qui me viennent à l’esprit, mais c’est pas la peine de les citer tous. Ceci dit, me semble qu’on aurait de la bonne TV, une fois tout le monde habitué au micro et à la formule. Ça parlerait bike à la manière d’ici et notre culture de la route trouverait un écho plus large que jamais. Ce serait l’fun de commencer maintenant, parce qu’imaginez un peu ce que ça donnerait dans environ 24 mois quand l’équipe de Steve Bauer et Josée Larocque arriverait sur le circuit World Tour. David Boily dans le break dans le Galibier, Parisien dans le rôle de Jacky Durand, Lacombe-Gilbert-Boivin à la chasse au Maillot vert… doutez-vous que ça ferait des bonnes discussions, des bonnes analyses?

Il faudrait un bon nom à cette émission, quelque chose qui sonne bien. J’ai une bonne idée! Pourquoi pas La ligue du vieux barbecue. Quoi? C’est poche? Je suis un rêveur incompris… C'est pas tout, les Habs sont en train de battre les Canes. 



Commentaires

  1. Moi, je vote pour le match Jean-Yves-Garneau. Line Bessette?
    Ciao, Mr. B!

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  2. Je crois reconnaître la touche de l'auteur qui se cache derrière cet anonymat ;-) Line (ou Lyne?), bonne suggestion. Une autre personne discrète, que tout le monde connaît pourtant, m'a aussi soufflé les noms de Mathieu Toulouse et d'Éric Lyman. Pas de doute, la tribu cycliste est pleine de ressources!

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  3. HAhaha c'est certain que je l'écouterais!

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  4. Salut David, suis bien content de voir que je ne serais pas le seul devant sa TV ! Peut-être qu'on pourrait se réserver un spot sur le plateau nous aussi... ?

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  5. Faudrait pas oublier Gilles Morneau (ça ferait un bon télésouffleur)

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